Photographier ses chantiers avec un téléphone, pour son site
Sur un site d’artisan, ce sont les photos de chantier qui convainquent. Elles se prennent avec le téléphone, à condition de savoir quoi viser, quand, et ce qu’il ne faut jamais laisser dans le cadre.
Mis à jour le 2026-10-22 · Andrei Chirtes, 2Cafés
Un particulier ne sait pas juger un enduit, une charpente ou une soudure de cuivre. Il juge ce qu’il voit. Une photo nette d’un chantier propre en dit plus long qu’un paragraphe sur votre sérieux, et elle se prend en deux minutes avec le téléphone que vous avez déjà en poche.
En bref : une bonne photo de chantier montre un ouvrage fini et propre, en entier puis en détail, dans une lumière douce, sans personne reconnaissable et sans rien qui permette de retrouver la maison. Elle se prend avant, pendant et après, du même endroit.
Avant, pendant, après : l’habitude à prendre dès le premier jour
La photo « avant » est la seule qui ne se rattrape jamais. Une fois la vieille tuile déposée ou le carrelage cassé, c’est trop tard. Prenez-la à l’arrivée, avant de sortir les outils du camion.
- Avant. Deux ou trois vues larges de ce qui va changer. Repérez l’endroit où vous vous tenez : un angle de mur, un poteau, une marche. Vous reviendrez au même endroit pour la photo « après ».
- Pendant. Photographiez ce qui sera caché à la fin : l’isolant sous le bardage, l’étanchéité sous le carrelage de douche, le ferraillage avant le coulage, les gaines avant le placo. Ce sont les photos qui montrent le sérieux, parce que personne ne les voit d’habitude. Elles vous serviront aussi si un client conteste un jour ce qui a été posé.
- Après. Une fois le chantier rangé, les gravats sortis, la bâche pliée. Même endroit, même hauteur, même cadrage que la photo « avant ». Puis deux ou trois détails.
Un avant/après n’a de valeur que si les deux images se superposent. Si l’une est prise debout et l’autre accroupi, de deux coins différents de la pièce, le visiteur ne comprend pas ce qui a changé.
La lumière, avant tout le reste
Un téléphone moyen dans une bonne lumière fait mieux qu’un excellent téléphone à contre-jour.
- Dehors, un ciel couvert est un cadeau. La lumière est uniforme, sans ombres dures, les couleurs de tuile et d’enduit sortent justes. En plein soleil de midi, une façade se retrouve à moitié brûlée et à moitié noire. Préférez le matin ou la fin d’après-midi.
- Dedans, ouvrez tout. Volets, rideaux, portes, et allumez toutes les lampes. Placez la fenêtre dans votre dos ou sur le côté, jamais en face : face à une fenêtre, le téléphone assombrit toute la pièce.
- Coupez le flash sur une faïence, un carrelage brillant, un inox ou une menuiserie laquée. Il fait une tache blanche en plein milieu de votre travail.
- Ne retouchez pas les couleurs. Un filtre qui rend le bois plus chaud ou le ciel plus bleu se voit, et le client qui découvre ensuite le vrai chantier se sent trompé. Google le demande d’ailleurs pour les photos d’une fiche d’établissement : des images nettes, bien éclairées, sans filtres ni retouches excessives.
Le cadrage au téléphone, en six gestes
- Essuyez l’objectif. Sur un chantier, il est couvert de poussière et de traces de doigts : la photo sort voilée, quel que soit le téléphone.
- Activez la grille dans les réglages de l’appareil photo. Elle aide à garder les murs droits et l’horizon à plat.
- Tenez le téléphone vertical, à hauteur de poitrine, sans le pencher. Si le haut de la façade ne rentre pas, reculez plutôt que de basculer le téléphone vers le ciel : sinon les murs tombent vers l’arrière.
- Restez en zoom ×1. Le zoom numérique dégrade l’image ; avancez plutôt. Le très grand angle (×0,5) déforme les pièces et les fait paraître plus grandes qu’elles ne sont : à garder pour une toiture vue d’ensemble, jamais pour une salle de bains.
- Prenez chaque vue en deux formats, couché puis debout. Le format couché sert en bandeau sur un ordinateur, le format debout sur un téléphone et sur les réseaux.
- Videz le cadre. Seau, rallonge, escabeau, gobelet de café, sac de colle : tout ce qui traîne attire l’œil avant votre travail. Trente secondes de rangement changent la photo.
Le détail, c’est ce qui vous distingue
La vue d’ensemble montre que le chantier est fini. Le gros plan montre comment il a été fait. C’est là que le visiteur voit la différence entre deux entreprises : une coupe de carrelage nette autour d’une évacuation, un solin bien façonné, un assemblage à tenon et mortaise, une saignée rebouchée sans trace, des joints de pierre réguliers. Approchez-vous à trente ou quarante centimètres, laissez le téléphone faire la mise au point en touchant l’écran sur le détail, et prenez-en trois ou quatre.
Ce qui ne doit jamais apparaître sur une photo
Une maison rénovée, dont on voit l’intérieur, et dont on peut retrouver l’adresse, renseigne n’importe qui. Avant de publier, passez chaque photo à la loupe :
- le numéro de rue, la plaque de la rue, la boîte aux lettres avec un nom ;
- les plaques d’immatriculation des voitures garées devant ;
- une vue de la façade qu’on reconnaît depuis la route, associée au nom de la commune ;
- les photos de famille au mur, un courrier sur un meuble, un écran allumé ;
- le boîtier d’alarme, un digicode, un trousseau de clés ;
- les personnes : clients, enfants, voisins, et même vos salariés s’ils n’ont pas donné leur accord.
Dans la légende, écrivez le secteur (« près de Gannat », « secteur de Riom ») et jamais la rue. Pensez aussi à la position GPS : un téléphone peut l’enregistrer dans chaque photo si la localisation est activée pour l’appareil photo. Désactivez-la dans les réglages, ou vérifiez que votre site la retire à l’envoi.
L’accord du client : ce que dit le droit, ce qu’il faut faire
Deux choses différentes se mélangent souvent : l’image des personnes et l’image de la maison.
Les personnes. Pour une personne reconnaissable photographiée dans un lieu privé, son accord est nécessaire, et service-public.fr précise qu’il doit être écrit et indiquer le support, l’objectif et la durée de la publication. Le plus simple reste de ne photographier personne.
Source : service-public.gouv.fr, « Droit à l’image et au respect de la vie privée », fiche vérifiée le 6 mai 2022, consultée le 22/10/2026.
La maison. La Cour de cassation a jugé en 2004 que le propriétaire d’un bien n’a pas de droit exclusif sur son image, mais qu’il peut s’opposer à son utilisation si elle lui cause un trouble anormal. En pratique, un client qui découvre l’intérieur de sa maison sur votre site sans avoir été prévenu ne vous rappellera pas, droit ou pas.
Source : Cour de cassation, Assemblée plénière, 7 mai 2004, n° 02-10.450, Légifrance.
La bonne habitude : une ligne dans le devis ou un petit papier signé à la fin du chantier. Par exemple : « J’accepte que l’entreprise publie des photos des travaux réalisés chez moi sur son site internet et sa fiche Google, sans indication d’adresse ni personne reconnaissable. » Ce modèle n’est pas un conseil juridique ; il a l’avantage d’être clair pour le client. S’il refuse, photographiez seulement des détails qui ne permettent pas de reconnaître la maison, ou gardez les photos pour vous.
Préparer les photos avant de les mettre en ligne
Trier. Trois à six photos par chantier suffisent : une vue d’ensemble avant, la même après, et les meilleurs détails. Mettez la plus forte en premier. Vingt photos presque identiques fatiguent le visiteur et ralentissent la page.
Nommer les fichiers. Google conseille des noms de fichiers courts et descriptifs. « refection-toiture-tuile-canal-vichy.jpg » lui dit quelque chose, « IMG_4521.jpg » rien.
Écrire le texte alternatif. C’est la description cachée de l’image, lue par Google et par les lecteurs d’écran des personnes malvoyantes. Décrivez simplement ce qu’on voit : « Douche à l’italienne carrelée en grès gris, avec niche murale ». Google déconseille d’y empiler des mots-clés.
Source : Google Search Central, « Bonnes pratiques de référencement pour Google Images », consulté le 22/10/2026.
Légender. Une légende utile dit quoi, où et en combien de temps. Comparez :
- « Une belle réalisation de notre équipe ! » ;
- « Salle de bains refaite en neuf jours, près de Saint-Pourçain : dépose de la baignoire, douche de plain-pied, faïence toute hauteur. »
La deuxième répond aux questions que le visiteur se pose. Elle donne aussi à Google le métier et le secteur, sans forcer.
Et pour la fiche Google
Les mêmes photos servent sur votre fiche d’établissement Google, qui est souvent vue avant votre site. Google y accepte des fichiers JPG ou PNG de 10 Ko à 5 Mo, et recommande une résolution de 720 × 720 pixels au moins. Les photos d’un téléphone récent dépassent largement cette résolution ; recadrez-les simplement pour qu’elles restent sous les 5 Mo.
Source : Aide Fiche d’établissement Google, « Consignes relatives aux photos », consultée le 22/10/2026.
La façon de bien remplir le reste de la fiche est détaillée dans notre guide de la fiche Google pour artisan.
Ranger ses photos pour les retrouver
Le jour où vous voulez montrer « une terrasse en bois comme celle-ci » à un client, il faut la retrouver en dix secondes. Créez un album par chantier dans votre téléphone, nommé avec la date, le secteur et le type de travaux : « 2026-10 Gannat salle de bains ». Activez la sauvegarde automatique des photos : un téléphone tombé d’un échafaudage emporte sinon deux ans de chantiers.
Pour voir comment des photos de chantier s’organisent sur une vraie page de métier, regardez ce que doit montrer un site de couvreur et les exemples de sites complets. Et pour savoir où les placer parmi les textes, lisez quoi écrire sur son site d’artisan.
Questions fréquentes
Puis-je mettre des photos trouvées sur internet sur mon site ?
Non. Une photo trouvée sur internet appartient à son auteur, qui peut en réclamer le retrait ou une indemnité. Une image de banque d’images utilisée selon sa licence est permise, mais elle ne doit jamais être présentée comme l’un de vos chantiers.
Faut-il l’accord du client pour photographier ses travaux ?
Pour une personne reconnaissable, oui, et par écrit. Pour la maison seule, la Cour de cassation a jugé en 2004 que le propriétaire n’a pas de droit exclusif sur l’image de son bien, sauf trouble anormal ; demander l’accord reste la règle de bon sens, une ligne dans le devis suffit.
Combien de photos mettre par chantier ?
Trois à six : une vue d’ensemble avant, la même après, et deux à quatre détails. Mieux vaut dix chantiers bien choisis que cinquante photos en vrac.
Un téléphone suffit-il, ou faut-il un photographe ?
Un téléphone récent suffit pour un site d’artisan si la lumière est bonne et l’objectif propre. Un photographe a du sens pour une réalisation exceptionnelle ou une photo d’équipe.
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